A chaque mois sa fête !

Et si son petit frère Décembre a Noël, Novembre n’est pas en reste, puisque c’est en son premier jour que se déroule la Toussaint, la fête de “Tous les Saints”. Ce que l’on sait moins, c’est que, dans la religion catholique, mère de la fête de la Toussaint, la fête des morts est fixée, non pas le même jour, comme on a tendance à le croire, mais le lendemain, le 2 novembre. Selon l’Encyclopédie des Religions de Philippe Walter, médiéviste français spécialiste des mythologies chrétiennes, cette fête aurait été placée en ce jour dans le but d’assimiler certaines fêtes païenne, notamment la Samain celte, originaire d’Irlande et dont les rites inspireront la fête d’Halloween. Voilà, maintenant vous savez d’où vient cette fête, tant attendue des amateurs de costume en tous genres et des fabricants de bonbons.

De nos jours, Halloween a pris le pas sur la Toussaint dans plusieurs cultures européennes, dont la notre. Or, quel période plus propice qu’Halloween pour vous parler un peu d’un monstre populaire, plus si populaire que ça… En effet s’ils ont eu leur période de gloire culturelle au XIXe siècle, (avec de grands succès littéraires comme le Horla de Guy de Maupassant pour n’en citer qu’un) les fantômes se font beaucoup plus rares dans la culture populaire dans la première moitié du XXe siècle, laissant la place aux monstres de la Hammer, cette célèbre maison de production de films britannique à l’origines des représentations modernes de Dracula, Frankenstein ou la Momie. Les années 1970-80 marquent ensuite leur retour, notamment au cinéma.

Néanmoins, si on considère ici le fantôme uniquement comme un monstre, le dictionnaire Littré nous apprend que ce terme a de nombreuses signification dans celle d’une représentation poétique de “personnages fictifs qui occupent l’imagination”, d’une “vaine apparence que présentent les choses” ou encore d’une “chimère”. Ainsi comment définir le fantôme moderne de notre culture occidentale ? Monstrueuse âme d’un défunt, invisibilité signifiant politiquement et ombre planant au dessus d’une oeuvre, laissez-moi vous présenter trois visages de La Cultures Des Fantômes.

 

“They’re here…” ou comment le cinéma américain a su réinventer le mythe du fantôme

En 1982, le nouvel Hollywood n’est déjà plus qu’un souvenir. Ce courant artistique, qui avait ouvert la jungle d’Hollywood à un mode de création plus indépendant, a en effet été balayé par les succès de plusieurs réalisateurs, créateurs des blockbusters modernes, notamment Georges Lucas, avec Star Wars et Steven Spielberg avec Les Dents de la Mer ou Indiana Jones et c’est bien ce dernier qui va nous intéresser aujourd’hui. En effet, en 1982, sort un des films d’horreur les plus majeurs de tout les temps, un film co-écrit et produit pour un peu plus de dix millions de dollars par Steven Spielberg, Poltergeist.

Le mot “poltergeist” vient de l’allemand et est en fait composé des mots “poltern”, “faire du bruit” et “geist”, “l’esprit”. Il désigne ainsi une manifestation sonore ou visuelle attribuée à un esprit, exactement le type de phénomène auquel est confronté une famille américaine lambda au début du film. Situation qui se dégradera indéniablement pour les personnages, comme dans tout bon film d’horreur. Néanmoins le film est novateur car il réussit à faire renaitre le mythe du fantôme de manière crédible, en mêlant les anciennes histoires horrifiques et la vie quotidienne de l’américain moyen vivant en banlieue et émergé au coeur de la société de consommation, faisant de chaque objet du quotidien (notamment la télévision) un hôte pour les esprits.

Côté technique, cette oeuvre est très intéressante, surtout sur le plan de ses effets visuels, très impressionnants pour l’époque. Il remporte notamment le prix des meilleurs effets visuels à la cérémonie des BAFA 1983. Il est également nominé aux Oscars de la même année, dans la même catégorie mais perd finalement contre E.T.,  un film de… Steven Spielberg. A la réalisation, si on retrouve Tobe Hooper au générique, le réalisateur de Massacre à la tronçonneuse,  on ne peut d’ailleurs s’empêcher de ressentir la patte Spielberg omniprésente du début à la fin du film. A noter également la très bonne BO composée par Jerry Goldsmith, incroyable compositeur de bandes originales des années 70, 80 et 90. Tous ces éléments donnent un cachet particulier au film qui dégage aujourd’hui un parfum d’aventure très 80’s, à regarder au chaud un dimanche soir sous sa couette avec du pop corn et un Dr Pepper.

 

On ne peut pas le voir, mais on peut l’entendre…

Qu’est-ce qu’un fantôme sinon un bruit, un son, une apparition sonore ? En effet, si bien souvent on ne peut saisir une apparition paranormale grâce à ses yeux, on peut l’entendre. A notre époque, alors que la technologie nous permet désormais de décortique des images de manière très précise, seul le son de certains enregistrement permet le doute. Le son, qui est d’ailleurs au coeur du processus d’immersion des films d’horreur : la gestion de la musique, des bruitage ou même de l’absence de son est capitale pour faire monter la tension dans une oeuvre. Néanmoins, parfois, le son s’affranchi totalement de l’image bien qu’il ait été conçu pour accompagner celle-ci. On se retrouve alors face à une oeuvre particulièrement dépaysante : c’est le cas de l’album Lost Themes de John Carpenter.

Cet album, sorti en 2015 est l’oeuvre de l’un des artistes les plus emblématique des années 80 : John Carpenter, à la fois compositeur, scénariste et réalisateur de films aussi emblématiques qu’Halloween, New York 1997, The Things ou Christine. Il nous livre ici la bande originale de films qui n’existerons jamais que dans l’esprit de ceux qui l’écoutent, une bande originale de films fantômes pour ainsi dire. Or l’immersion est là et rarement un album aura fait autant de pied à l’imagination de celui qui daigne bien l’écouter. On se prend ainsi à imaginer les scènes accompagnant chaque morceau qui le compose.

Pour autant, on sent Carpenter beaucoup plus libre qu’à l’accoutumée dans sa composition. Il fait durer ses morceaux, prend le temps de travailler encore plus en avant ses rythmes et le grain de sa musique. Il déclarait d’ailleurs quelques temps avant la sortie de son album : “J’ai été habitué à illustrer des images, ce qui peut s’avérer à la fois positif et négatif. Cette fois-ci, il n’y avait aucune pression, ni les demandes intempestives des acteurs, ni l’attente du staff, ni les deadlines imminentes. […] L’idée de départ consistait à produire quelque chose d’assez fourni, d’assez généreux, étant donné le manque de restrictions. C’est un nouveau monde qui s’offre à moi.”. C’est donc également un nouveau monde qui s’offre à nous avec l’écoute de cet album, un espace à la fois flou et familier dans lequel notre imagination peut se déployer.

 

Devenir un fantôme pour faire porter sa voix

Être un fantôme, c’est également acquérir une certaine forme d’immortalité. Une immortalité de l’esprit tout du moins. De temps à autre, dans la culture antique et médiévale on retrouve cette immortalité justifiée par le fait que l’esprit, le fantôme est porteur  d’un message à confier aux vivants des années après sa propre mort. Or un artiste chinois a choisi récemment de volontairement devenir un fantôme : Liu Bolin.

Sculpteur de formation, Liu Bolin obtient son diplôme en 1995 en beaux-arts du Collège de Shandong Arts en 1995. Liu appartient une génération arrivée à maturité dans les années 1990, lorsque la Chine a émergé des décombres de la Révolution culturelle et a commencé à profiter de la croissance économique rapide et d’une relative stabilité politique quelques années après les émeutes de la place Tian’anmen en 1989.  Il décide de venir habiter à Pékin en 1999 pour deux années d’études supplémentaires à l’Institut des Beaux-Arts de Chine.

Liu aurait pu rester inconnu du grand public. Pourtant, en 2005, le gouvernement chinois rase le quartier d’artistes dans lequel il habitait dans le cadre des constructions liées aux JO de 2008. Il se retrouve donc à la rue et décide de dénoncer l’action gouvernementale en prenant une photo de son corps peint, fondu dans le paysage comme un caméléon, devant son ancien atelier en ruine. Il a depuis défendu de nombreuse causes dont celle de Charlie Hebdo, après les attentats ayant touchés la rédaction. A travers ses oeuvres, il dénonce également la violence des sociétés modernes : les régimes autoritaires, bien sûr, mais également l’emprise de la société de consommation sur les populations. Sa seule présence sur les image qu’il photographie est ainsi à prendre comme une défiance, comme un acte de résistance.

 

Tous des fantômes

Nous avons donc pu voir que les fantômes occupent toujours une place importante dans culture, qu’ils soient sujets ou média. Dans une société qui tend de plus en plus a rendre ses membre transparents, revendiquer son statu de fantôme et le porter comme un fer de lance peut être ainsi une manière pour certains de se démarquer, de secouer les consciences et de se faire les portes-parole d’une majorité de plus en plus silencieuse. Dès lors qu’est ce qu’un fantôme sinon le reflet d’une âme humaine ?