Bonjour à tous ! Cette semaine nous traiterons d’un sujet qui a énormément fait parler de lui pendant les derniers mois : la crise des réfugiés. D’abord, qu’est-ce qu’un réfugié ? Selon la Convention de Genève, éditée en 1951, « le terme « réfugié » s’appliquera à toute personne (…) qui craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner ». Attention donc à l’abus de langage que l’on retrouve souvent dans les médias et dans la bouche de certains politiciens : un migrant n’est pas nécessairement un réfugié, notamment s’il a quitté son pays pour des raisons purement économiques.

Aujourd’hui nous allons essayer de mieux comprendre les enjeux que soulève la crise actuelle des réfugiés en Europe, mais aussi dans le reste du monde. Parce que oui, on a tendance à oublier de façon un peu égoïste la véritable étendue du problème.

Dès lors, pourquoi, lorsqu’on parle de réfugiés, ne débattons-nous qu’à propos du cas français et, au mieux, européen ? La réponse est simple : les réfugiés sont considérés, souvent à tord, comme de simples migrants. Or, la question des migrants relève encore principalement de la politique nationale d’un pays et n’est pas vraiment contrôlée à l’échelle internationale, bien qu’il existe de certains traités multinationaux. De plus, la sphère politique française est particulièrement friande de ce sujet social, qui est souvent l’occasion d’envoyer un bon coup de pied populiste dans la fourmilière sociétale pour haranguer et exciter ses électeurs. Le monde de la culture, également touché par le sujet, fait, quant à lui, passer des messages plus subtils pour défendre ses idées au détour de ses productions. Jacques Audiard nous livre ainsi en 2015 un film militant ayant reçu la Palme d’Or à Cannes : Dheepan.

 

Retraçant une quête impossible, cette oeuvre nous plonge au coeur de l’enfer traversé par un réfugié sri-lankais, fuyant son pays sous une fausse identité et avec une famille qui n’est pas vraiment la sienne. Le film dépeint très justement les émotions ressenties par des réfugiés arrivants en France après avoir connu des violences extrêmes dans leur pays. C’est d’abord l’espoir et la volonté d’intégration pendant la première heure du long-métrage. Puis, brusquement, la paix fait place à la violence qui rattrape inévitablement Dheepan. Si on omet les 5 dernières minutes du film, on constate qu’il est construit en boucle : la violence et le chaos de la guerre civile au Sri Lanka appelle la violence et le chaos des banlieues françaises. La quête de la paix sociale et de la réussite de l’intégration des réfugiés à laquelle on voudrait croire sonne comme un rêve, qu’Audiard idéalise à la fin du film.

Néanmoins, comme je l’ai précisé dans mon introduction, le problème des réfugiés n’est pas seulement français ou européen, il est mondial. D’abord parce qu’il concerne une pluralité d’Etats faillis à travers le monde (la Syrie, bien sûr, mais aussi l’Afghanistan, l’Irak, la Somalie,…) mais également un très grand nombre de destinations utopisées par ceux qui quittent leur pays en ruines. L’Australie, qui apparait comme un pays tolérant et en recherche de main d’oeuvre, en est une pour beaucoup d’entre eux. Or la situation économique et sociale du pays a bien changé en l’espace de quelques années seulement et le taux de chômage de 4,9% en mai 2012 continue d’augmenter malgré la fin de la crise, atteignant les 6% en mars 2014. La politique d’intégration des migrants est, quant à elle, bloquée et le gouvernement préfère renvoyer les réfugiés arrivants sur son sol dans des camps isolés construits dans les îles voisines. Des faits bien méconnus chez nous que nous fait découvrir le Britannique Lukas Schrank dans son court-métrage d’animation Nowhere Line : Voices from Manus Island, sorti en 2015.

 

Ce documentaire court d’animation, assez confidentiel (seulement 65 600 vue sur Vimeo) mais néanmoins primé au Melbourne International Film Festival, reprend de véritables témoignages téléphoniques de réfugiés iraniens, Behrouz et Omar, expulsés vers l’ile de Manus en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Sublimés par une animation aussi originale que noire, ces témoignages glacent le sang du spectateur et poussent à l’indignation contre le paradoxe d’une politique d’oppression menée par un gouvernement démocratique. Le film étant  aujourd’hui disponible en libre accès sur Vimeo et très court (seulement 15 petites minutes), votre seule excuse pour le pas le regarder, c’est de ne pas avoir accès à Internet.

Enfin, pour finir sur une note un peu plus colorée, je vous propose de découvrir un des chef d’oeuvre de Nicolas Poussin, peint en 1639 et titré La Manne.

Pourquoi vous présenter ce tableau relativement ancien qui représente une scène biblique ? C’est très simple :  dans la bible, l’épisode de la Manne raconte comment Dieu apporta aux Juïf en Exode vers la Terre Promise de la nourriture, la manne, qu’il laissa sur leur chemin dans la végétation. Oui, mais c’est quoi l’Exode, me demanderez-vous (et vous auriez bien raison parce que sinon je ne pourrais pas finir cet article) ? L’Exode, c’est l’un des premiers grand mouvement de réfugiés rapporté à l’écrit dans l’histoire de l’humanité : c’est le départ des Juifs d’Egypte, fuyant l’esclavage et les persecutions, vers une terre d’accueil où il leur serait possible de pratiquer leur religion et de défendre leur vision du monde sans être réprimés. Une histoire qui sonne aujourd’hui très juste… peut être pas avec les mêmes acteurs, mais probablement avec les mêmes enjeux.

Pour conclure ce petit exposé, qui j’espère vous aura plu, rappelons nous que les questions soulevées par les grands mouvements de réfugiés arrivants en Europe doivent être résolues en prenant le temps de la reflexion et de l’observation d’autres temps et d’autres lieux. L’histoire a souvent tendance à se répéter et, malheureusement, les erreurs de jugement des hommes aussi. Comme d’habitudes, je vous laisse avec quelques petits bonus si vous souhaitez approfondir un peu, par vous même, votre reflexion autour du sujet.

3 références bonus :

  • Le radeau de la Méduse (tableau) par Théodore Gericault (1819)
  • Né So (musique) par Rokia Traoré (2016)
  • Les installations de Thomas Kilpper, réalisées à partir de débris de bateaux retrouvés à Lampedusa