Bonjour à tous ! Cette semaine j’ai le plaisir de vous proposer un nouveau concept d’article qui, j’espère, vous plaira. Une fois par mois, j’essaierai de mettre en exergue un thème d’actualité ayant retenu mon attention par le biais de la découverte de trois oeuvres culturelles que j’aurai sélectionnées. J’espère ainsi vous aidez à enrichir un peu votre culture générale et stimuler votre curiosité, entre deux consultations attentives de profils LinkedIn. Je vous souhaite une très bonne lecture.

Aujourd’hui, nous allons aborder la très polémique “loi travail” portée par la ministre Myriam El Khomri. Si son contenu nous intéresse finalement assez peu ici, les réactions qu’elle a pu engendrer au sein de la société civile dénotent du rapport très particulier que nous entretenons avec le concept de “travail”, qui a sans cesse évolué tout au long du XXème siècle, et qui continue de muter de nos jours.

En effet le travail était, dès le début du siècle dernier, un sujet pour le moins ambigüe. Dans les sociétés occidentales des années 1900-1910, le travail est globalement perçu comme un concept positif pour une grande partie de la population. Vecteur social indispensable, le travail permet l’intégration dans les grandes classes sociétales de l’époque. On parle ainsi de “classe ouvrière”, de “classe paysanne”, ou de “bourgeoisie”. L’appartenance à chacune de ces classes n’est plus un fait de naissance (comme l’était la noblesse sous l’Ancien Régime) mais dépend de la situation professionnelle de l’individu. Pourtant, dès la fin du XIXème siècle, le paysage intellectuel occidental vient contester les bienfaits du travail prônés par le paternalisme patronal, pour soutenir, parfois, les théories de Marx sur l’aliénation et la désocialisation de l’homme par son travail : “l’homme est rendu étranger à l’homme” (Manuscrits de 1844). Certains artistes exacerbent ce ressenti dans leurs productions. C’est le cas du peintre norvégien Edvard Munch (1863-1944) qui réalise en 1913 Travailleurs rentrants chez eux en s’inspirant des premiers films des Frères Lumière.

Le tableau représente un flot effrayant de travailleurs sortants d’une usine. Ces ouvriers sont déshumanisés. Ils arborent tous une tenue identique leurs traits sont flous et leurs yeux remplacés par des trous sombres : les travailleurs ne sont pas représentés en tant que personnes uniques mais en tant que flot d’hommes indifférenciés. On est bien loin du travail perçu comme un concept bénéfique pour l’individu.

Deux guerres mondiales et quelques grandes avancées sociales plus tard, dans les années 50-60, l’occident a retrouvé l’effervescence économique d’antan (du moins à l’ouest du rideau de fer). La croissance économique s’écrit à deux chiffres et, grâce aux progrès sociaux et aux avancées technologiques, le travail est à nouveau valorisé par la société car il permet d’accéder aux loisirs. La “classe moyenne”, adulée par les hommes politiques se voit offrir des conditions de travail de plus en plus avantageuses. Néanmoins les revendications salariales, sont toujours vives pour défendre les droits des plus précaires. Les chansonniers et musiciens de l’époques dénoncent parfois la précarité d’une partie de la population française, en opposition avec la fresque magnifique de la “classe moyenne” des “Trente Glorieuses”. En 1958, Serge Gainsbourg chante pour la première fois Le Poinçonneur des Lilas.

Une mélodie entrainante qui semble relativement légère à la première écoute mais qui s’avère en fait être une critique grinçante de la véritable frontière qui sépare la “classe moyenne” et les “petits métiers”. Entre des conditions de travail difficiles et des rêves inatteignables, le travail est-il devenu stigmatisant ?

On serait tenté de répondre à l’affirmative à cette question de nos jours… Avec environ 10,5% de chômage en France en avril 2015 et une précarisation de l’emploi relevée à cause de l’utilisation de plus en plus abusive du CDD, le travail n’a plus la cote. Il est même parfois source de malaise, d’inquiétude et de stress. Selon une étude du cabinet Technologia réalisée en janvier 2014, 3 millions de salariés français seraient au bord du “burn out”. Le travail témoigne aujourd’hui du mal-être et de la crise sociale et morale que traverse le pays. Mal-être qui semble se cristalliser autour de la “loi travail”, souvent accusée d’apporter l’instabilité économique et sociale pour les salariés, mais qui est également bien présent dans la création culturelle. La loi du marché, le film réalisé par Stéphane Brizé en 2015 témoigne de ce malaise.

 Dans ce film, le travail est d’abord une source d’angoisse car on peut le perdre. Mais Stéphane Brizé va plus loin. Il nous montre que le travail peut être amoral, inhumain et pourtant incontournable. Ainsi lorsque le directeur d’un supermarché explique à ses employés que le travail n’est “qu’une partie” de leur vie, on entend strictement l’inverse : l’homme ne travaille plus pour vivre mais a l’obligation de vivre pour travailler. Nous sommes face à une société centrée sur le système et non plus sur les personnes qui la compose. Une société dans laquelle la distinction entre le vol d’un produit, d’argent ou de points de fidélité ne fait aucune différence et conduit inexorablement à l’exclusion. Un monde dans lequel changer le système est impossible et revient également à s’en exclure et donc à vivre en marge de la société.

Dans cette société que dépeint le monde culturel actuel, le rôle de la sphère politique ne doit pas se cantonner aux réformes d’ordre économique, qui ne font que cristalliser les tensions autour du monde professionnel.  Le politique doit être capable d’accompagner la société civile vers un modèle nouveau, tout en la rassurant quant à son avenir, et cela pour que le travail soit de nouveau considéré comme un élément porteur de bonheur et de paix sociale.

Trois références bonus pour aller un peu plus loin :

– Germinal (livre) écrit par Emile Zola (1885)

– Les Temps modernes (film) réalisé par Charlie Chaplin (1936)

Trepalium (série) crée par Antarès Bassis et Sophie Hiet (2016)