Bonjour à tous, cette semaine, pas de “La Culture De…”, pour cause de plusieurs projets sur le feu. Néanmoins je souhaitais tout de même vous partager la synthèse d’un rapport de France Stratégie sur les MOOC (Massive Open Online Courses) datant de février 2016 et toujours largement d’actualité. Cette synthèse a été réalisé dans le cadre de l’un des cours de mon Master et j’espère qu’elle vous permettra de mieux saisir l’ampleur du phénomène MOOC et ses impacts sur l’enseignement classique. Bonne lecture !

 

Introduction

En février 2016 parait un rapport de France Stratégie rédigé par Quentin Delpech et Marième Diagne, intitulé MOOC, l’âge de maturité ?  Modèles économiques et évolutions pédagogiques. Le document, relativement pessimiste quant à l’avenir économique du système MOOC, est ensuite cité comme référence dans de nombreux articles pointant du doigt les faiblesses économiques et pédagogique de cette nouvelle façon d’apprendre et de se former. Dès lors, ces critiques sont-elles justifiées ? Assiste-t-on véritablement à un naufrage des MOOC comme expliqué dans cet article du Monde, au titre passablement aguicheur, Les MOOC font pschitt, publié en octobre 2017 ? Quelles idées et chiffres ressortent véritablement du rapport ? Après une petite synthèse de ce dernier nous en ferons ainsi la critique.

 

Historique

Le rapport débute avec un constat sans appel : les MOOC sont un phénomène récent. Créé au début des années 2000, il prend véritablement de l’ampleur à partir des années 2010. Les plateformes qui accueillent les MOOC peuvent être publiques ou privées. Parmi les plus connues, on trouve, aux USA Coursera, edX, Udacity, au Royaume-Uni FutureLearn, et en Allemagne Iversity. En France, la plateforme FUN (France Université́ Numérique) créée en 2013 héberge aujourd’hui plus de 140 MOOC, suivis par plus de 500 000 inscrits en France et à l’étranger.

Les MOOC ont vocation à aller plus loin que les structures d’enseignement à distance classiques (e-learning), en tentant de proposer un support qui se suffirait à lui-même

 

Révolution ou transformation de l’enseignement supérieur ?

L’impact médiatique des MOOC est grand, il n’en reste pas moins qu’ils font office, non pas d’une véritable révolution dans l’enseignement supérieur, mais bien de transformation diffuse des pratiques d’enseignement, c’est-à-dire une transformation en termes d’usages d’enseignement (l’orientation professionnelle notamment), d’apprentissage et de recherche.

Les objectifs des participants aux MOOC sont également différents des élèves d’université classique et constituent des publics plus hétérogènes, avec des motivations allant de la simple curiosité à la volonté d’obtenir une certification reconnue par les entreprises et les institutions universitaires. Ainsi, on constate que le taux de complétion des MOOC n’est seulement que de 13%, 59% pour un MOOC payant jusqu’à 100$. On peut donc sérieusement s’interroger sur l’avenir des MOOC comme substitut à l’enseignement traditionnel institutionnalisé.

Se pose également la question du public de destination des MOOC : à qui doivent-ils bénéficier en priorité ? Aux initiés, c’est-à-dire aux personnes déjà diplômées souhaitant aller plus loin, ou aux novices, qui souhaitent se réorienter ou qui n’ont pas fait de longues études ?

Un fait cependant, les MOOC sont de très bons outils pour les universités souhaitant prendre de l’ampleur à l’international, car elles peuvent diffuser leur savoir-faire académique à une large population désormais internationalisée.

 

Un marché très américanisé

Toujours selon le rapport, il faut noter l’avance des institutions américaines sur le marché des MOOC. On compte quelques gros organismes présents sur le marché, parmi lesquels Udacity, Coursera et edX, concurrents implacables des plateformes européennes telles que MiriadaX, FutureLearn, Iversity et FUN. Ces institutions américaines, si elles comptabilisent un nombre de MOOC disponibles en ligne et un nombre d’apprenants plus importants que leurs principaux concurrents internationaux, ont un important défaut : leur taux de complétion reste extrêmement bas (autour de 4% contre 10% pour FUN par exemple).

Il est également important de noter que leur avance temporelle leur a conféré une large avance en termes de sujets abordés et d’internationalisation de leurs contenus. Ainsi, grâce aux différents graphiques du rapport on peut se rendre compte d’une chose : l’Europe est en retard, autant en qualité (mesuré par l’indice de part de l’offre dans le Top 150 du classement ARWU) qu’en quantité de ses MOOC.

 

Un système en recherche de modèles économiques viables

Un modèle a dominé jusque-là le monde des MOOC : le freemium. Cependant aux vues des faibles taux de complétion dont nous avons parlé précédemment, les pourvoyeurs de MOOC sont aujourd’hui obligés de rechercher de nouveaux modèles économiques. On a donc plusieurs modèles économiques à long terme :

Les modèles freemium classiques :

  • Udacity fonctionne par exemple sur un modèle d’abonnement donnant accès à des cours plus poussés.
  • Iversity quant à elle, fait payer les certificats qu’elle délivre.

Les modèles plus diversifiés :

  • Le modèle Coursera :
    • les certifications payantes.
    • les évaluations sécurisées dans le cadre desquelles la plateforme fournit à l’apprenant, moyennant une certaine somme, la possibilité de passer des examens dans un centre
    • d’autres services payants : human tutoring et toute autre forme d’appui académique
    • la mise à disposition des entreprises d’une autre version de la plateforme dans le cadre de la formation de leurs salariés
    • la mise en place de frais de scolarité pour l’accès aux contenus de certains cours (les cours de spécialisation par exemple)
    • les services employee-matching – Coursera Career Services : les entreprises paient pour avoir accès aux données des apprenants qui ont souscrit à ce service.
  • Le modèle d’edX, fonctionnant à partir de partenariats avec des universités :
    • University self-service model : lorsque l’organisation héberge seulement les MOOC de l’université et n’offre aucune assistance dans la conception de ces derniers. En tant qu’hébergeur, elle perçoit les 50 000 premiers dollars générés par le cours ou 10 000 dollars pour chaque cours récurrent. Au-delà de ce palier, edX et l’université reçoivent chacune 50 % des revenus.
    • edX-supported model, lorsque edX offre une assistance dans la conception du MOOC. Elle facture à l’université 250 000 dollars pour chaque cours créé, plus 50 000 dollars si le cours dépasse le délai prévu dans l’accord. Dans le cadre de ce partenariat, l’université reçoit 70 % des revenus générés par le MOOC.
    • une contribution semi-libre des apprenants avec un montant minimum à régler pour obtenir une certification
    • des partenariats de visibilité avec des entreprises tierces

 

Vers une transformation de l’apprentissage académique ?

Le rapport conclu sur un point important : quel sera le rôle des MOOC dans la transformation des modes d’enseignement classique ? Plusieurs pistes de réflexion sont ainsi avancées. On a d’abord le « social learning », permis par le lien digital formé par internet. Il s’agit en fait de favoriser l’échange entre les participants du MOOC dans le but d’étoffer à la fois leurs réseaux et de favoriser le « peer-to-peer » learning. Le rapport évoque également le sujet de « l’adaptive learning » qui découle en fait de la nécessité de l’enseignement de s’adapter à chaque apprenant pour répondre au mieux à ses attentes. Le système MOOC va ainsi à contre-courant des systèmes d’éducations classiques, notamment français, rejoignant ainsi une vision plus nordique et anglo-saxonne de l’enseignement, justifiant ainsi probablement son succès au Royaume-Uni et aux États-Unis. Les MOOC s’inscrivent finalement assez bien dans l’univers du « vivre citoyen », par leur aspect collaboratif et participatif. L’apprenant n’est plus que spectateur d’un cours, il en est l’acteur, le façonne, le personnalise.

La question de la reconnaissance universitaire des MOOC est également posée par le rapport à travers l’attribution potentielle de crédit ECTS par les plateformes de MOOC et l’attribution de diplômes équivalents aux parcours classiques Bachelor, MBA).

Pour finir, le rapport conclu sur une phrase que je laisserai inchangée aux vues de son importance :  « Aucune technologie n’a d’impact par elle-même sur l’enseignement ; tout dépend de la manière dont elle est utilisée ». Les auteurs soulignent ici toute l’importance des enseignants dans la viabilité des MOOC, expliquant qu’un accompagnateur humain sera toujours nécessaire pour que l’apprenant puisse tirer quelque chose du MOOC qu’il suit.

 

Bilan et critique du rapport

Le rapport proposé par France Stratégie est relativement complet, ne laissant pas forcément un avis pessimiste sur l’avenir économique des MOOC comme on pourrait les penser à causes des articles cités en introduction. Il remet néanmoins en question le modèle freemium sans diversification de revenu pour les plateformes et une tendance au tout numérique, sans pour autant apporter de réponse concrète au problème. Les auteurs auraient également pu insister plus en avant sur l’aspect citoyen des MOOC, en leur associant les fablabs, lieux d’apprentissage et d’expérimentation très complémentaire des cours parfois très théoriques proposés par les MOOC. L’aspect le plus intéressant du rapport reste néanmoins, selon moi, la partie traitant de l’impact des MOOC sur l’enseignement classique. De quoi l’enseignement de demain sera-t-il fait ? Voilà une question intéressante à laquelle les MOOC pourront probablement apporter une partie de réponse.