Etant pressé par beaucoup de projets en ce mois de mai, je vous propose donc un petit hors-série, un peu plus court que d’habitude. En attendant que les « La culture de… » reviennent en juin, je vous souhaite une bonne lecture !

Dans un article de lesechos.fr publié en septembre 2014, Olivier Bomsel, écrivain et professeur d’économie industrielle et chercheur au Cerna, expliquait que «la France a raté le marché mondial des séries télé». En mai 2016, la série Netflix française Marseille reçoit un accueil plus que mitigé de la part des critiques qui lui reprochent de parodier lourdement les plus mauvaises sagas politiques. Dès lors certains observateurs énoncent déjà les limites du modèle Netflix et, surtout, la mort des productions « made in France ». Pourtant, et malgré ses dialogues aussi surréalistes qu’hilarants (voici un petit Tumblr qui en compile les meilleurs) ni Marseille, ni Olivier Bomsel ne doivent nous faire oublier l’exception et le savoir-faire français en terme de série. Une histoire d’amour qui fête cette année ses 66 ans ! La France et la production de séries, c’est une histoire faite de hauts et de bas, certes, mais une histoire passionnante qui renvoie bien souvent au rapport que le peuple français entretient avec la culture : entre innovation et tradition. C’est parti pour 3 séries bien de chez nous qui ont marqué l’audiovisuel français !

Le 9 octobre 1950 est une date emblématique pour la télévision française. Ce jour là est diffusé, RTF Télévision, le premier épisode de la première série produite en France : le feuilleton policier Agence Nostradamus.

 

Caractéristique de nombreuses productions de l’époque, la série évolue dans des décors sobres et utilise un nombre limité d’acteurs pour réduire ses coûts de productions. Claude Barma, le réalisateur et l’un des pères de la télévision française, met l’accent sur un scénario original et sur l’ambiance sonore et musical des épisodes. Il crée également un format sériel qui restera extrêmement populaire à la télévision française : des épisodes relativement courts (pas plus de 15 minutes) et une diffusion post-journal télévisé.

Pourtant, malgré cette petite révolution, les séries ne se développent véritablement en France qu’à partir des années 60, grâce à la démocratisation de la télévision dans les foyers français. Les téléspectateurs sont de plus en plus avides de fictions populaires, représentées avec brio par Thierry La Fronde ou Belphegore. Dans les années 70, l’industrie des séries françaises vit son âge d’or. C’est à cette époque, que sort sur les petits écrans la fresque historique magistrale des Rois Maudits.

 

Encore une fois réalisée par Claude Barma (qui, si vous vous le demandez, est bien le papa de Catherine) et diffusée sur la seconde chaîne de l’ORTF à partir du 21 décembre 1972, cette série représente bien la « grandeur retenue » des productions sérielles en France. On y retrouve un jeu d’acteur classique et impressionnant, des costumes somptueux et des décors sobres, mais travaillés. Reprenant les codes de certaines productions anglo-saxonnes cette histoire de la monarchie française de Philippe le Bel jusqu’à la Guerre de Cent Ans connut, à l’époque, un succès immédiat. Les producteurs, tout comme les spectateurs, encensants dès lors les séries françaises qui ne sont désormais plus synonymes de petits budget et d’acteurs inconnus.

Pourtant, l’industrie connait un passage à vide dans les années 80, 90 et 2000, même ci certaines tirent leur épingle du jeu (notamment dans le cadre des productions d’animation) et même si leur nombre continue d’augmenter. Malgré un succès souvent local, les séries françaises sont incapables de s’exporter à l’étranger. Ce paradoxe est, bien sûr, illustré par Plus Belle La Vie, qui rencontre un succès d’audience incroyable même si la série est souvent critiquée par les médias spécialisés. Néanmoins, dès les années 2010, on assiste à un réveil des séries francophones. Plus de budget, plus d’effet spéciaux, des acteurs toujours plus talentueux : la série française entre-t-elle dans un nouvel âge d’or ? Des productions comme Baron Noir semblent bien répondre que oui !

 

Crée par Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon, Baron Noir, fait un portrait réaliste et pessimiste de la société politique actuelle entre corruption et trahison. Inspirée par les super-production télévisées américaines, Baron Noir est le parfait exemple d’une série qui s’adapte à son public, de plus en plus digital, comme le montre sa diffusion sur la plateforme My Canal qui a enregistré des audiences records de 2,6 millions de visionnage en ligne.

On l’a vu, les Français aiment toujours autant les séries. Si l’industrie sérielle française reste quelque peu en retard par rapport à ses concurrents anglo-saxons, c’est parce qu’il existe une véritable crainte de l’échec dans le paysage audiovisuel français. Pourtant, l’expérimentation est nécessaire pour innover et créer des contenus originaux. Ainsi, qui sait, l’échec de Marseille, était peu être une nécessité pour le bien des futurs productions francophones.

Pourtant il y a un média qui échappe à cette peur, à l’origine de toute création de qualité. Un média sans limite et connu de tous : Internet. Car oui, les productions web prennent de l’importance et proposent des contenus particulièrement intéressants et innovants : les web-séries. Labos d’expérience audiovisuel et réelle démarche artistique, je vous propose cette semaine, en bonus, 3 web-séries, disponibles sur Youtube, que vous allez adorer.